chapitre3-2
(Quatrième Partie)

"L'air est plein du frisson des choses qui s'enfuient..."

 

Ils quittèrent la caravane au petit matin. Des « au revoir » furent échangés, tandis que les marchands redescendaient vers le sud et les plaines herbeuses de Krysopras. Les aventuriers, eux, se tournèrent résolument vers l'ouest, et le Désert des Vents Sacrés. On leur avait offert un peu de vivres, mais étant donné ce qu'il restait à ces braves gens pour le reste de la route, ils durent se contenter de peu.

La végétation se résumait à présent à quelques touffes d'herbes sèches et à des cactus. La route n'était pas particulièrement difficile ; en tout cas, après la traversée des Pics Volcaniques, celle-ci parut relativement douce aux jumeaux, mais la monotonie du paysage environnant n'était pas pour les encourager. Une dune venait parfois briser la rectitude désespérante de l'horizon ; sur celui-ci se découpaient néanmoins de temps en temps des dents de pierre gigantesques qui formaient comme des silhouettes de monstres lointains. Mais le Désert des Vents Sacrés était surtout constitué de pierraille, réduite en fine poudre par l'action des rafales parfois violentes qui traversaient la région. De temps en temps, ils croisaient de vastes sillons de sable retourné, comme si une charrue avait en vain tenté de labourer le désert. Par groupe de trois ou quatre, ils filaient en général dans une même direction et se perdaient à l'horizon.

A un moment, une véritable tempête les obligea à se cacher derrière une pierre solitaire. Le hurlement de l'ouragan était tel qu'Amber se mit à gémir au bout de quelques instants, tant ses oreilles souffraient du vacarme. Krysos la serra un peu de son bras afin de la réconforter mais son initiative ne sembla pas la soulager. Le jeune homme ne s'était jamais attendu à une telle cruauté du vent. En revanche, il n'entendit aucune plainte émanant de Beryl ; le visage légèrement tourné vers l'extérieur, assailli par le sable fin balancé en bourrasque, il semblait regarder avec attention le déchaînement des éléments, alors que ses compagnons avaient entourés leur tête de leurs vêtements afin de les protéger. Après une bonne heure passée à attendre la fin de la tourmente, les compagnons, à demi enterrés vivants sous une épaisse couche de sable, purent se remettre en route. Le vent violent avait balayé les traces qu'ils suivaient depuis un moment, mais Amber savait où se diriger pour atteindre LazuLapi.

L'eau de la gourde d'Amber commençait à s'épuiser et pas un seul point d'eau n'était en vue. Ils durent se rationner. Par contre, les lézards ne manquaient pas. Amber prit même le temps, pendant qu'ils en faisaient griller quelques-uns, de leur expliquer comment un animal aussi petit pouvait devenir absolument monstrueux quand il était possédé par la magie. Krysos en profita pour lui décrire en détail les drakones qu'il avait vus, insistant sur leur relative ressemblance avec ces lézards, les ailes en plus.

Les drakones sont des lézards à l'origine, l'informa Amber. Les drakones sont des aya, les plus grands de Zyrconia, du moins de ceux que l'on connaît.
— Tu veux dire que les drakones, auparavant, ressemblaient... il regarda son bâton où était planté un lézard presque carbonisé. ... à ceci ? Comment cela a-t-il pu arriver ?
— Et bien, les savants naturalistes étudient encore la question. Mais selon eux, quand un animal absorbe une certaine quantité de magie, il peut devenir un aya.
— Et cette magie, d'où vient-elle ? A quoi cela ressemble ?
— Nous pouvons la mesurer, mais la voir, je ne crois pas que cela soit possible... C'est quelque chose qui est présent dans presque tout. Même en nous, paraît-il. Mais chez les aya, cela prend de grandes proportions... Alors ils se transforment : certains deviennent immenses et très dangereux, d'autres ne changent pas tant que cela... Il n'y pas de règle vraiment établie. Je suis étonnée qu'on ne vous ai jamais parlé de ça, là-bas, à TigrEye...

Krysos mordit dans son lézard grillé, sans mot dire.

Normalement, continua la jeune fille, les drakones demeurent tous au sud, mais quelques-uns survolent parfois d'autres régions, comme je te l'ai déjà dit. Quand ils ont attaqué SolaPiair il y a trente ans, personne ne s'y attendait.
— Pourquoi les drakones ont-ils fait cela ? Qu'y a-t-il à SolaPiair ?
— Rien de particulier, c'est juste la capitale de Zyrconia. Mais en quoi cela peut-il intéresser des aya ? Tout ce qu'on sait c'est qu'un énorme objet inconnu est tombé du ciel dans les régions du sud à cette époque. C'est peut-être cela qui les a fait fuir au nord... Cela devait être un cataclysme important pour que de telles créatures prennent peur.
— Je veux bien le croire. Ce sont des monstres sans coeur, lui répondit Krysos, se souvenant de ceux qui avaient achevé TigrEye.
— Il paraît qu'il est possible de dompter certains aya, mais je n'en ai jamais vu qui soient domestiqués.
— Je ne pense pas qu'on puisse contrôler un drakone..., murmura le jeune homme.
— Il existe des tas d'aya dont nous n'avons pas encore connaissance, déclara Amber en montrant l'est. Sur les pentes des Monts Circulaires résident des créatures qu'on peut à peine imaginer...
— Tu veux dire qu'il existe des monstres encore plus énormes et dangereux que les drakones ?

Krysos frissonna à cette idée.

Oui, sûrement ! En fait, Zyrconia est un monde mystérieux et peu de gens en connaissent tous les secrets, si tant est que ce soit possible...

Ils continuèrent de deviser ainsi dans l'entente et la camaraderie, sous l'oeil attentif de Beryl. Après leur repas, ils reprirent la route, un peu plus vaillants. Amber semblait très contente que Krysos lui ait parlé des drakones. Et, pour une raison qu'il ignorait, il l’était lui aussi.

Un minuscule oasis, peut-être le résultat d'une récente pluie, sans doute rare dans la région, leur permit de remplir de nouveau l'outre d'Amber. Celle-ci se montra rassurante :

Si mes connaissances ne me trompent pas, nous ne devrions pas être loin de LazuLapi. Courage, les garçons ! les motiva-t-elle.

Beryl paraissait éreinté et le bas de sa robe blanche était devenu noir à force d'avoir tant traîné dans la poussière. Mais il ne se plaignait pas, et mettait un point d'honneur à prouver à Amber qu'il n'était pas si empoté que ça. Krysos sourit à cette idée. Ils en profitèrent également pour tremper leurs vêtements dans l'eau, afin de se rafraîchir en marchant. Quand Amber ôta ses vêtements et que Krysos la vit à moitié nue sans qu'elle manifeste la moindre gêne, une légère rougeur empourpra son pâle visage. La peau de la jeune femme était claire, mais pas autant que la sienne, et ses longs cheveux roux tombaient sur ses fines épaules. La jeune femme le remarqua et s'en amusa :

Tu n'as jamais vu une femme se déshabiller ? demanda-t-elle malicieusement en rassemblant ses cheveux afin de les placer derrière sa nuque.
— Euh…, balbutia-t-il, gêné. Bien sûr… que si…

Il avait déjà vu Ferypenda en sous-vêtements, quand elle se vêtait de sa longue robe rouge feu de prêtresse, mais ce n'était pas pareil. Amber ne l'avait pas élevé et puis ils étaient du même âge, ce qui changeait presque tout… Il n'avait jamais vraiment fait attention aux femmes, Beryl lui prenant tout son temps ; il avait bien eu quelques amies intimes mais jamais rien de sérieux... En fait, en contemplant la rousse Amber, au caractère si changeant à la fois agréable et cynique, il se rendait compte que les femmes demeuraient somme toute aussi étranges et mystérieuses que les aya.

La jeune femme rit devant sa gêne et revêtit ses effets mouillés tant qu'ils l'étaient encore. Mais de son côté, elle n'avait pas non plus été indifférente au torse finement musclé, pâle et glabre de Krysos

 

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