chapitre4-2(Seconde Partie)

« Où est dans le ciel l'arbre dont la Lune est le fruit ?... »

 

Après quelques kilomètres dans le désert, le groupe songea qu'il était temps de quitter la caravane. Celle-ci continuait à l'est, mais pour leur part, c'était vers le nord et les monts Lepido qu'ils devaient diriger leurs pas. De nombreuses traces, que le vent commençait déjà à effacer, leur indiquaient que l'armée ennemie avait pris au nord également. Obsidien vint faire ses adieux à ses proches, et s'attarda auprès de la prêtresse-mère :

Je prierai la Lune de veiller sur votre route afin qu'elle vous soit douce, ma Dame. Je vous remercie pour toutes les choses que vous m'avez apprises, même pour les plus difficiles !
— Je prierai aussi pour vous quatre, mon enfant, lui répondit doucement Mère-Amethys en lui caressant la joue d‘un doigt fin. Tu as été le meilleur élève que j'ai formé. Que la Lune vous illumine de sa face dans les chemins obscurs.

Et ils se quittèrent ainsi. Pas de larme de part et d'autre. Les quatre aventuriers restèrent un moment à contempler la caravane qui s'éloignait à l'est. Puis, ils tournèrent bride et leurs regards embrassèrent la chaîne de hautes montagnes qui leur barrait la route vers les terres plus vertes du nord-ouest.

C'est par ici que nous devons nous diriger maintenant, commenta Amber. Ce ne sera pas de tout repos, ce sont de très hautes montagnes.
— On a en a vu d'autres, pas vrai, Beryl ? lança Krysos à son frère avec un clin d‘oeil.

Beryl eut un sourire intérieur.

J'aimerais connaître le récit de votre voyage, dit Obsidien.
— Nous verrons plus tard, quand nous nous arrêterons. Nous ferons notre première halte aux pieds des monts, pas avant, décida Krysos.

Ils se mirent donc en route. Une petite tempête de sable les accompagna jusqu'à la sortie du désert, et ils rabattirent leurs capuchons sur leurs têtes afin de s'en protéger.

La pierraille et le sable avaient laissé place à une végétation rase et peu fournie, mais les aventuriers sentaient que le climat changeait. L'air se fit moins chaud, et une rivière, descendant des monts, leur donna un bon emplacement pour leur premier campement depuis leur départ du village. Il restait encore quelques pierres-flambeaux dans le sac de Krysos et il en utilisa pour faire un feu. Le simple geste qui consistait à choquer les deux pierres l'une contre l'autre lui rappela TigrEye. Son expression se fit lointain, et, instinctivement, il regarda vers le sud. Obsidien remarqua son attitude et lui demanda :

Tu ne veux pas me parler de ton village ?

Et Krysos lui raconta. La vie là-bas, le quotidien, les dangers des volcans, les drakones, leurs jeux, leurs amis… Amber s'approcha un peu pour écouter plus à son aise, car Krysos racontait des choses qu'elle n'avait pas encore entendues. Parfois, à l'évocation d'un souvenir particulier, Beryl poussait un soupir silencieux, qui soulevait seulement sa poitrine, sans aucun son. Quand Krysos en arriva au moment de l'attaque du village, Obsidien l'arrêta, en lui posant une main sur le bras :

Ne te force pas. Je comprends ce qui s'est passé, pas besoin d'entrer dans le détail.
— C'est que cela me paraît tellement loin déjà, soupira Krysos. Alors que c'était il y a seulement trois semaines. Il s'est passé tellement de choses dans nos vies, depuis...

Il regarda Beryl, mais celui-ci s'était déjà endormi.

Nous avons appris tellement de choses en si peu de temps, que parfois j'ai du mal à tout mettre en ordre dans mon esprit. Par exemple, on ne sait toujours pas pourquoi ces gens mal intentionnés en veulent aux Gemmes Elémentaires. à quoi peuvent-elles bien leur servir ? se demanda le jeune homme.
— Les Gemmes Elémentaires ne sont pas que des pierres destinées à préserver l'équilibre des forces du monde, lui expliqua Obsidien. Elles renferment un savoir qui fut jadis à la portée de tous, mais qui aujourd'hui doit demeurer caché, pour le bien des humains. C'est pour cela que les villages légendaires ont vu le jour. Ils ont été fondés par des ancêtres sages et bienveillants dans le but de cacher ces joyaux.
— Mais tout le monde sait que les villages existent, intervint Amber. Ils ne sont pas d'aussi bonnes cachettes si l'Empire connaît aussi l'existence des gemmes.
— Je savais que le Temple du Feu du Sud cachait quelque chose mais je ne savais pas ce que c'était... murmura Krysos. Beryl aussi l'ignorait, ainsi que tous mes amis.
— Nos villages ont été construits jadis dans le plus grand secret, expliqua le prêtre du vent. Mais avec les siècles, les hommes ont repoussé les limites de leurs connaissances du monde, et les explorateurs et aventuriers ont fini par trouver ces cités. Zyrconia est un monde où les informations circulent vite, et il aura suffi de quelques-uns pour répandre ces découvertes... Les Gemmes Elémentaires ont été oubliées depuis des siècles, continua-t-il. J'ignore comment l'Empire les a redécouvertes. Seuls les prêtres et les prêtresses attachés au service des temples sont censés savoir ce qu'ils recèlent.
— J'ai... j'avais un ami qui voulait devenir prêtre du feu à TigrEye, dit Krysos, se remémorant le passé. Il avait un Don extraordinaire avec cet élément, mais l'apprentissage était trop difficile pour lui. Il ne voulait pas porter sur ses épaules tous les secrets du village et être obligé de se taire pour toujours.
— Je le comprends, répondit Obsidien. Devenir un prêtre élémentaire est un fardeau assez lourd à porter. Et il faut de la discipline, autant physique que mentale.
— Oui, cela aussi ce n'était pas son fort...

Krysos sourit en fermant les yeux.

Les Temples sont des écrins pour les Gemmes Elémentaires en quelque sorte ? intervint Amber, qui voulait ramener la conversation sur son sujet premier.
— Tout à fait. Mais toutes les gemmes de Zyrconia ont un pouvoir qui leur est propre. Elles sont vivantes, elles ont un passé et des choses à raconter. Ce sont les voix de nos ancêtres.

Krysos se souvenait que le culte des anciens avait toujours été très présent à TigrEye. Sur leurs tombes, on sertissait des pierres de toutes les couleurs afin de se rappeler d'eux, comme si les pierres étaient la manifestation physique des morts. Puis, une fois que le corps s'était fondu à la terre, il donnait lui-même naissance à plusieurs gemmes. Chaque pierre était unique, elle possédait ses propres inclusions, ses propres reflets, ses propres facettes, à chaque fois différentes, à chaque fois magnifiques. Tout comme un être humain, qui ne pouvait pas disposer d'un Don semblable à celui d'un autre, les gemmes étaient uniques et possédaient leur propre pouvoir.

Krysos n'avait jamais pensé à tout cela avec autant d'intensité jusqu'à maintenant. Peut-être les sages paroles d'Obsidien, le prêtre de LazuLapi, l'avaient-elles amené à y réfléchir.

Il se roula dans sa couverture à côté de Beryl, et essaya de deviner les pensées de son frère. Il ne voyait qu'un grand flou lumineux, signe qu'aucun cauchemar ne troublait son sommeil. Rassuré, il s'endormit à son tour.

 

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